Ce que l'on cote, et ce que l'on ne cote pas
La cotation porte sur l'emploi réellement tenu, jamais sur la personne qui l'occupe. C'est le principe posé par l'article 59 de la convention, et c'est celui qui coûte le plus d'efforts à faire admettre en interne. Le diplôme du titulaire, son ancienneté, sa performance, son intitulé de poste et son niveau de rémunération n'entrent pas dans l'exercice. Deux salariés qui tiennent le même emploi ont la même classe, quelle que soit la différence de leurs parcours.
Ce que l'on cote, ce sont les activités significatives réellement exercées, les responsabilités qui y sont attachées et les relations de travail qu'elles supposent. Un opérateur qui a été formé bien au-delà de son poste reste coté sur son poste. À l'inverse, un salarié à qui l'on a confié durablement une activité supplémentaire tient un autre emploi, et cet emploi doit être coté à nouveau.
La distinction entre l'emploi et la personne se retrouve d'ailleurs à l'article 62.5, qui traite du rapport entre le niveau de connaissances détenu et l'emploi tenu. Elle explique aussi pourquoi la cotation ne se négocie pas individuellement : elle se démontre, dossier en main.
Les six critères classants, un par un
La convention retient 6 critères, réputés d'égale importance et indépendants les uns des autres, ce qui interdit de compenser un critère par un autre. Les voici dans l'ordre de l'article 61.
Complexité de l'activité
Ce critère mesure la difficulté, la technicité et la diversité du travail à réaliser. Il ne s'agit pas de la charge de travail ni du volume produit, mais de la nature des problèmes rencontrés et de la variété des situations à traiter. Un poste répétitif sur une gamme stable et un poste de dépannage sur un parc hétérogène ne se cotent pas au même degré, même à effort physique comparable.
Connaissances
Le critère vise les savoirs et savoir-faire requis pour tenir l'emploi, et non ceux que le titulaire possède. L'article 61.2 lui consacre des indications spécifiques, parce que c'est le critère sur lequel la confusion entre l'emploi et la personne se produit le plus souvent. Un emploi qui exige un an de pratique interne pour être tenu se cote sur cette exigence, pas sur le diplôme du salarié.
Autonomie
L'autonomie est la latitude d'action et de décision laissée au titulaire de l'emploi : nature des consignes reçues, fréquence des contrôles, marge d'initiative sur les moyens et sur l'ordre des opérations. Un poste très qualifié mais strictement encadré par une gamme et un contrôle systématique se cote plus bas sur ce critère qu'un poste où le titulaire arbitre lui-même.
Contribution
La contribution apprécie les effets et l'influence des actions du titulaire sur l'activité et sur l'organisation. C'est le critère qui distingue un poste dont l'erreur se rattrape sur la ligne d'un poste dont l'erreur immobilise un atelier, dégrade une série ou engage la relation client.
Encadrement et coopération
Ce critère couvre à la fois les responsabilités d'encadrement, hiérarchique ou fonctionnel, et les appuis que l'emploi suppose de mobiliser. Un chef d'équipe et un référent technique sans lien hiérarchique peuvent tous deux être cotés sur ce critère, à des degrés différents.
Communication
La communication porte sur la nature, la variété et le niveau des échanges professionnels, internes comme externes. Transmettre une consigne dans une équipe, expliquer un écart à un client, négocier avec un fournisseur ou animer une revue technique ne se situent pas au même degré.
Dix degrés, une somme, une classe
Chaque critère est coté sur 10 degrés, et la cotation de l'emploi est la somme arithmétique des six degrés retenus, ce qui donne un total compris entre 6 points et 60 points. Il n'y a ni pondération, ni coefficient multiplicateur, ni arrondi : c'est une addition, et c'est ce qui rend l'exercice vérifiable.
Cette somme se convertit ensuite en classe d'emploi, selon le tableau de classement annexé à l'article 62. Ce tableau doit être lu dans le texte officiel de la convention avant tout usage : c'est lui, et lui seul, qui donne la correspondance exacte entre un nombre de points et une classe. Reconstituer cette correspondance de mémoire ou par interpolation est le meilleur moyen de se tromper d'une classe, avec les effets en chaîne que cela emporte sur le minimum applicable et sur la protection sociale.
Un point mérite d'être signalé aux équipes qui cotent pour la première fois. Comme la cotation est une somme, un seul degré modifié sur un seul critère suffit à changer de classe lorsque le total se situe à une frontière. C'est la raison pour laquelle chaque degré retenu doit être justifié par écrit, avec le passage de la description d'emploi qui le fonde.
Des classes aux groupes d'emplois
Les 18 classes sont regroupées deux par deux en 9 groupes d'emplois, de A à I. Le groupe commande une partie des droits, notamment le préavis de démission, le régime de maintien de salaire en maladie, le régime d'indemnité de licenciement et l'éligibilité au forfait annuel en jours. La classe, elle, commande le minimum applicable et le taux de la prime d'ancienneté.
| Groupe | Classes | Statut et repères |
|---|---|---|
| A | 1 et 2 | Non-cadre, prime d'ancienneté due |
| B | 3 et 4 | Non-cadre, prime d'ancienneté due |
| C | 5 et 6 | Non-cadre, prime d'ancienneté due |
| D | 7 et 8 | Non-cadre, prime d'ancienneté due |
| E | 9 et 10 | Non-cadre, assimilé cadre en protection sociale, cotisation APEC due |
| F | 11 et 12 | Premier groupe cadre, barème débutant sur six ans |
| G | 13 et 14 | Cadre |
| H | 15 et 16 | Cadre |
| I | 17 et 18 | Cadre |
Le décalage entre la classe 11, qui ouvre le statut cadre conventionnel, et la classe 9, à partir de laquelle la cotisation APEC est due, est la source d'erreur la plus fréquente sur ce tableau. Un salarié classé E9 ou E10 n'est pas cadre au sens de la convention, mais il relève des régimes de protection sociale des cadres et assimilés.
La description écrite de l'emploi
La cotation repose obligatoirement sur une description écrite de l'emploi, établie par l'employeur au titre de l'article 63.1. Cette description porte sur les activités significatives réellement exercées, les responsabilités et les relations de travail. Elle n'est pas une fiche de poste commerciale ni un profil de recrutement : elle décrit ce qui est fait, dans les termes qui permettront ensuite de justifier chaque degré.
Une cotation sans description écrite tient tant que personne ne la conteste. Le jour où elle est contestée, l'employeur n'a plus rien à opposer, puisqu'il ne peut plus démontrer sur quoi il s'est fondé. C'est le premier point que nous vérifions lors d'un audit de paie sur un dossier métallurgie, avant même de regarder les bulletins.
Un exercice qui se documente au fil de l'eau
La branche a prévu un accompagnement : un guide pédagogique, un suivi et une certification à la méthode de classement destinée aux personnes qui cotent dans l'entreprise, prévue à l'article 64.3. L'article 63.3 organise par ailleurs le rôle des institutions représentatives du personnel dans le déploiement. Ces éléments ne remplacent pas la traçabilité interne : le dossier de cotation d'un emploi se compose de la description, du tableau des six degrés retenus et de la justification de chacun.
Associer le salarié et notifier le classement
Le salarié est associé à l'élaboration de la description de son emploi et peut proposer des compléments. Cette association n'est pas un droit de veto sur la cotation, mais elle est une condition de régularité de la démarche, et c'est aussi ce qui fait remonter les activités réellement exercées que l'encadrement ignore parfois.
Le classement retenu est ensuite notifié par écrit à chaque salarié, sous la forme du groupe et de la classe. La notification ne comporte pas nécessairement le détail des six degrés, mais l'employeur doit pouvoir le fournir. Sur le bulletin de paie, la position dans la classification s'exprime par le groupe et la classe, par exemple C6 ou F11 : cette mention découle du code du travail et non de la convention elle-même, mais elle est obligatoire.
Contestation, délais et recours
Le salarié dispose d'un mois à compter de la notification pour demander le détail de sa cotation critère par critère et pour contester son classement, et l'employeur dispose à son tour d'un mois pour répondre. Ces deux délais d'un mois structurent tout l'échange : une demande formulée dans le mois oblige l'employeur à motiver, une réponse tardive fragilise sa position.
Le dialogue interne épuisé, le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes d'une demande de reclassement, assortie d'un rappel de salaire sur la période non prescrite. La discussion porte alors sur les degrés retenus, contredits par les activités réellement exercées. C'est le moment où l'absence de description écrite se paie, et où une cotation justifiée degré par degré se défend.
Ce que réclame un salarié qui obtient gain de cause
Un reclassement en classe supérieure entraîne mécaniquement un rappel de différence entre le minimum appliqué et le minimum dû, un rappel de prime d'ancienneté si le salarié relève des classes 1 à 10, et une reprise des majorations de poste, puisque celles-ci sont assises sur le taux horaire du minimum. Un franchissement de la classe 9 ajoute la question de la cotisation APEC et du régime de prévoyance applicable. Une erreur de classe n'est donc jamais isolée.
Réexaminer le classement quand l'emploi change
L'article 63.2.3 impose de réexaminer le classement en cas de changement d'emploi, et c'est aujourd'hui le point le plus négligé du dispositif. La cotation initiale a été faite avant le 1er janvier 2024, sans période transitoire. Depuis, les organisations ont bougé : lignes réaménagées, polyvalence étendue, activités de maintenance de premier niveau transférées aux opérateurs, référents qualité désignés. Chacune de ces évolutions peut modifier un degré.
La pratique qui tient dans la durée consiste à rattacher le réexamen à des événements identifiables plutôt qu'à une revue générale annuelle : mobilité interne, avenant au contrat, prise d'une responsabilité d'encadrement, changement de périmètre technique. L'article 63.2.2 traite du classement à l'embauche, qui obéit à la même logique : l'emploi proposé est coté avant, pas après. Notre page sur la cotation des emplois détaille la façon dont nous conduisons ce travail avec les responsables de production.