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La convention de la métallurgie ne s'applique pas dans les départements d'outre-mer

L'article 2.2 limite le champ de la convention nationale à la France métropolitaine. Cette phrase, souvent ignorée, change entièrement la paie d'une entreprise industrielle installée aux Antilles, en Guyane ou dans l'océan Indien.

Ce que dit l'article 2.2 et ce qu'il implique

La convention collective nationale de la métallurgie du 7 février 2022 délimite son champ territorial à la France métropolitaine. Il en résulte qu'elle ne s'applique pas de plein droit en Guadeloupe, en Guyane, à La Réunion, à Mayotte, ni à Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Une entreprise qui y exerce une activité relevant du champ professionnel de la métallurgie n'a donc pas, du seul fait de cette activité, de convention de branche applicable.

Cette situation surprend, parce que le réflexe consiste à rattacher une activité à une branche. Elle a pourtant une conséquence simple : à défaut de convention applicable, l'entreprise se réfère au code du travail, à ses propres accords collectifs, et le cas échéant à une convention locale interprofessionnelle ou sectorielle lorsqu'il en existe une couvrant son activité. Le bulletin de paie doit refléter cette réalité, et non mentionner par commodité un identifiant de convention qui ne s'applique pas.

La Martinique fait exception

Un seul territoire ultramarin conserve un texte de métallurgie qui lui est propre : la Martinique, avec sa convention collective départementale de la métallurgie, ancien identifiant 1060, brochure 3109-40, toujours en vigueur. La raison est directement liée à l'article 2.2. La révision qui a éteint les conventions territoriales métropolitaines au 1er janvier 2024 ne portait que sur des textes situés dans le champ de la convention nationale. Le texte martiniquais, hors de ce champ par nature, n'entrait pas dans le périmètre de l'opération et n'a donc pas été absorbé. C'est la seule convention territoriale de métallurgie qui subsiste en France.

Territoire par territoire

Quel cadre conventionnel selon le lieu d'implantation

Martinique, un texte départemental toujours vivant

Les entreprises métallurgiques installées en Martinique relèvent de la convention départementale de la métallurgie, dont le statut est celui d'un texte étendu. Elle a sa propre classification, ses propres grilles et ses propres dispositions, sans rapport avec l'architecture en groupes et en classes de la convention nationale. Un gestionnaire habitué au texte métropolitain ne peut pas transposer ses réflexes : la cotation sur six critères, les minima annuels par classe et la prime d'ancienneté assise sur une valeur de point n'y ont pas cours de la même manière.

Guadeloupe, Guyane et La Réunion, le code du travail comme socle

Aucune convention de métallurgie n'existe sur ces territoires. L'entreprise applique le code du travail, ses accords d'entreprise et, s'il en existe une couvrant son activité, une convention locale. Cela signifie concrètement pas de minimum conventionnel de branche, pas de prime d'ancienneté de branche, pas de contrepartie conventionnelle d'équipes ou de nuit, sauf à les instituer par accord d'entreprise ou par engagement unilatéral. Le contrôle du salaire minimum légal et des majorations légales redevient le seul filet.

L'application volontaire et ce qu'elle engage

Rien n'interdit à une entreprise ultramarine d'appliquer volontairement la convention nationale de la métallurgie, et beaucoup le font parce que leur groupe l'applique en métropole. Cette décision n'est pas neutre : dès lors qu'elle est mentionnée au contrat de travail ou sur le bulletin de paie, elle devient opposable et le salarié peut en réclamer le bénéfice intégral. Il n'est donc pas possible d'en appliquer les seules dispositions favorables à l'employeur, ni d'y renoncer unilatéralement du jour au lendemain.

Mayotte, un régime social distinct

Mayotte relève d'un cadre propre, en convergence progressive avec le droit applicable dans les autres départements. Les cotisations y sont gérées par une caisse de sécurité sociale spécifique, avec des taux qui lui sont propres, et le calendrier d'application des dispositifs d'allègement y est distinct. Un logiciel paramétré pour la métropole ou pour les autres territoires ultramarins ne convient pas sans adaptation, et les contrôles de cohérence doivent être refaits intégralement.

Déroulement

Comment nous traitons un établissement ultramarin

01

Établir le cadre conventionnel réellement applicable

Nous déterminons, pour chaque établissement, s'il existe une convention applicable de plein droit, si l'entreprise en applique une volontairement, et sur quel support cette application a été formalisée. Ce travail commence par la lecture des contrats de travail et des bulletins existants, qui portent souvent la trace d'une application volontaire dont personne n'a plus le souvenir mais qui reste opposable.

02

Reprendre le paramétrage des cotisations locales

Nous vérifions le régime d'exonération applicable, le barème retenu, l'éligibilité de l'établissement au regard de son activité, de son effectif et de son chiffre d'affaires, ainsi que l'organisme de recouvrement compétent. Les paramètres de calcul et les seuils de sortie diffèrent de ceux applicables en métropole, et une erreur de barème se répète sur chaque bulletin de bas salaire.

03

Intégrer le calendrier local des jours fériés

Le jour de commémoration de l'abolition de l'esclavage s'ajoute aux jours fériés légaux et diffère selon le territoire. Il doit figurer au calendrier de paie de l'établissement concerné, avec ses conséquences sur les plannings, sur les majorations éventuelles et sur le décompte des jours travaillés dans les organisations postées.

04

Documenter la position retenue

Nous consignons par écrit le cadre conventionnel appliqué à chaque établissement, son fondement et sa date. Sur ces dossiers, la question posée dans deux ans ne sera pas celle du calcul mais celle du texte appliqué et de la raison pour laquelle il l'a été. Une note datée vaut mieux qu'une reconstitution a posteriori.

Le régime d'exonération propre à l'outre-mer

Les établissements industriels implantés outre-mer bénéficient d'un dispositif d'exonération de cotisations patronales spécifique, distinct de la réduction générale applicable en métropole. Le secteur industriel figure expressément parmi les activités éligibles au barème dit de compétitivité renforcée, le plus favorable des barèmes ouverts aux entreprises de droit commun. L'exonération y est totale jusqu'à 2 SMIC, puis décroît pour s'annuler à 2,7 SMIC. L'accès à ce barème est soumis à des conditions cumulatives d'effectif, fixé à 250 salariés, et de chiffre d'affaires, fixé à 50 millions d'euros, ainsi qu'à des conditions générales tenant à la régularité de la situation de l'entreprise au regard de ses obligations déclaratives et de paiement.

L'erreur que nous rencontrons le plus souvent consiste à appliquer le barème de droit commun à un établissement qui relevait du barème renforcé. L'écart porte sur les salaires situés entre les deux seuils de sortie, c'est-à-dire précisément sur la majorité des rémunérations d'un atelier. Répété sur plusieurs exercices, il représente des sommes importantes, récupérables dans la limite des délais applicables. La vérification de l'éligibilité repose sur l'activité réellement exercée par l'établissement, et non sur son code d'activité principale, ce qui suppose parfois un examen sur pièces.

Jours fériés locaux et cas particulier de Mayotte

Chaque territoire dispose d'un jour férié commémorant l'abolition de l'esclavage, qui s'ajoute aux onze jours fériés légaux : le 22 mai en Martinique, le 27 mai en Guadeloupe, le 10 juin en Guyane, le 20 décembre à La Réunion et le 27 avril à Mayotte. Ce jour suit le régime des jours fériés ordinaires, sauf disposition conventionnelle ou d'entreprise plus favorable, et il doit être intégré au calendrier de paie ainsi qu'aux plannings des équipes postées. Mayotte, enfin, relève d'un régime social qui lui est propre, avec sa propre caisse et son propre calendrier de convergence, ce qui impose un paramétrage dédié plutôt qu'une adaptation du paramétrage métropolitain. Le détail des dispositifs d'exonération figure dans le guide exonérations outre-mer dans l'industrie, et le contenu du texte métropolitain sur la fiche convention collective de la métallurgie.

Questions fréquentes

Questions sur la paie métallurgique outre-mer

Notre siège applique la convention nationale. Notre site guadeloupéen doit-il faire de même ?

Rien ne l'y oblige, puisque le champ territorial du texte ne couvre pas ce département. L'entreprise peut décider de l'appliquer volontairement, par souci d'homogénéité au sein du groupe, mais elle doit alors mesurer ce que cela emporte. Une application volontaire mentionnée au contrat de travail ou portée sur le bulletin devient opposable, et le salarié peut en réclamer l'ensemble des avantages, minima annuels compris. Elle ne peut pas non plus être abandonnée par simple décision, puisque des droits ont été créés. La position doit donc être arrêtée en connaissance de cause, formalisée par écrit, et appliquée intégralement plutôt que par fragments.

Que porter comme convention sur le bulletin d'un salarié réunionnais ?

Ce qui est réellement applicable, et rien d'autre. Si aucune convention ne s'applique et si l'entreprise n'en a pas adopté une volontairement, le bulletin ne doit pas mentionner d'identifiant de convention de branche, et le flux déclaratif doit refléter la même absence. Porter l'identifiant du texte métropolitain par facilité crée deux difficultés : la déclaration devient inexacte, et la mention sur le bulletin peut être analysée comme une application volontaire, avec les droits qui en découlent. Si l'entreprise souhaite se doter d'un cadre collectif, la voie appropriée est l'accord d'entreprise, qui permet de choisir les dispositions retenues.

La convention martiniquaise ressemble-t-elle au texte national ?

Non, ce sont deux constructions différentes. La convention départementale de la métallurgie de la Martinique est un texte ancien, resté en vigueur, avec sa propre classification et ses propres dispositions. Elle n'a pas été refondue selon l'architecture en dix-huit classes et neuf groupes issue du texte du 7 février 2022, et les mécanismes propres à la convention nationale, cotation sur six critères classants, minima annuels par classe, prime d'ancienneté assise sur une valeur de point territoriale, ne s'y retrouvent pas à l'identique. Un dossier martiniquais se traite pour lui-même, avec le texte applicable sous les yeux, et non par transposition.

Notre établissement ultramarin bénéficie-t-il du barème renforcé ?

Il faut le vérifier sur trois éléments. Le premier est l'activité réellement exercée sur place, l'industrie figurant parmi les secteurs éligibles, appréciée à partir du travail effectué et non du code d'activité principale. Le deuxième est l'effectif, qui doit rester inférieur au seuil applicable. Le troisième est le chiffre d'affaires, également plafonné. Ces conditions étant cumulatives, un établissement industriel appartenant à un ensemble dépassant l'un des seuils peut se voir appliquer un autre barème. S'y ajoutent des conditions générales tenant à la régularité de la situation de l'entreprise. La vérification se refait à chaque exercice, puisque effectif et chiffre d'affaires évoluent.

Pour aller plus loin

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